Lionel Roux : "L'ambition ? Faire un beau tournoi !"

Interview fleuve avec Lionel Roux, directeur de l'Open Sopra Steria de Lyon. L'occasion de faire le point sur cette troisième édition, les nouveautés, le plateau et l'ambition auprès des partenaires !
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Open Sopra Steria 2018 : à quoi s’attendre ?

Ce jeudi 5 avril avait lieu la présentation de l’Open Sopra Steria 2018 à la presse et aux partenaires. L’occasion, pour Lionel Roux, de détailler sa méthode, les grands axes de cette troisième édition et les messages que le tournoi souhaite faire passer. Interview.

L’Open Sopra Steria en est à sa troisième édition. Comment faites-vous pour vous renouveler ?
On y travaille quasiment toute l’année. Le tournoi terminé, on doit gérer le démontage et la paperasse dans les 15 jours qui suivent. On récupère un peu pendant l’été, mais, dès septembre, on attaque pied au plancher. Il s’agit de faire un bilan avec les partenaires, d’écouter leurs retours, leurs impressions, leurs suggestions… Puis d’aller en convaincre de nouveaux ! On a beaucoup de chance, parce qu’on a su tisser des relations fidèles et solides avec nos partenaires originels. Ils sont quasiment encore tous derrière nous, c’est un privilège incroyable… D’autant que d’autres rejoignent l’aventure !

Quel bilan avez-vous dressé de la deuxième édition ?
Les partenaires ont été très satisfaits, on a eu une belle ambiance au Village… Le tournoi est vraiment devenu, le temps d’une semaine, un repère festif, un lieu de rencontre, un espace de travail. C’est important, puisque c’est le modèle économique du tournoi. D’ailleurs, nous avons signé une nouvelle convention avec Sopra Steria, concrétisant une collaboration pour deux années supplémentaires. Un vrai gage de confiance et de fidélité, oeuvrant à la pérennisation du tournoi !

« On a su tisser des relations fidèles et solides avec nos partenaires »

Et le bilan sportif ?
Le bilan sportif a été plus que positif. On a eu du beau jeu toute la semaine, les jeunes ont brillé, notamment Felix (Auger-Aliassime, futur vainqueur, alors âgé de 16 ans), qui a fait un tournoi de dingue. C’est toujours un pari quand on va chercher un jeune qu’on a envie de faire découvrir au public. Il peut évidemment passer à travers… Mais Felix a fait un gros, gros parcours et ça restera comme une grande réussite, puisqu’on a profité d’un buzz assez fou à cette échelle. Alors, oui, il faut un peu de chance et on en a conscience…

Un peu de chance, mais il y a du travail derrière. Comment faites-vous pour cibler et suivre les bonnes pépites ?
C’est un travail à l’année, je suis les parcours de certains jeunes que j’ai ciblés via une application spécifique. Quelques mois avant le tournoi, je discute avec les coachs et les agents pour tâter le terrain, savoir s’il est possible de les faire venir chez nous. Et, a posteriori, je garde évidemment le contact. J’échange d’ailleurs encore avec Felix, Corentin (Moutet)… En tant qu’ancien joueur, j’ai vraiment envie de filer un coup de pouce à cette jeune génération. Alors, quand je vois que ces gamins éclosent ensuite au plus haut niveau, c’est beaucoup de satisfaction. Prenez Nicolas Jarry, 22 ans, qui avait perdu au premier tour contre Auger-Aliassime l’année dernière. Il a fait demi-finale dans un ATP 500 et finale dans un ATP 250 en février. C’est génial ! 40% des joueurs du Top 100 sont actuellement trentenaires… Alors si on peut aider à rajeunir l’élite du tennis mondial, on ne va pas s’en priver !

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De gauche à droite : Jérôme Moroge (président commission vie associative, sport et jeunesse à la Région), Gilles Moretton (président de la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes), Lionel Roux (directeur de l’Open Sopra Steria), Benoît Dupré (directeur des partenariats de l’Open Sopra Steria), Frédéric Mouton (directeur division Auvergne-Rhône-Alpes Sopra Steria), Yann Cucherat (adjoint aux sports à la Ville de Lyon), Jacques Laprée (secrétaire général Comité du Rhône-Lyon Métropole).

Que regardez-vous en premier chez un jeune talent pour sentir s’il va, oui ou non, percer ?
L’homme. C’est un peu abstrait comme explication, mais c’est la personne en tant que telle qui m’intéresse. Je regarde comment ces jeunes parlent, ce qu’ils dégagent, leur entourage, les relations qu’ils ont avec leur coach… Ça révèle plein de choses. Des qualités, mais aussi des failles plus ou moins assumées. En somme, j’essaie de cerner ce qu’ils ont dans le bide. Et puis, évidemment, les qualités tennistiques. Le talent, la puissance, la marge de progression : il faut essayer de sentir ces choses-là. À cet âge, tout change très vite et les jeunes joueurs brûlent les étapes de l’adolescence. La vie sur le circuit peut rendre très mature rapidement… comme être très difficile à gérer ! J’ai souvent l’exemple de Roger Federer en tête, sa relation avec Peter Lundgren au début des années 2000… Lundgren a su canalyser la fougue, la folie de Federer sur le court. Ça a été une période charnière pour le champion qu’il est devenu.

Revenons au tournoi… Quels sont les nouveautés pour cette troisième édition ?
On a décidé d’ajouter une partie grand public au Village des partenaires. On va donc utiliser un terrain supplémentaire où l’on va installer un magasin éphémère avec un cordeur, une tente de snacking, un mini-court de tennis… L’idée, c’est que cet espace soit vivant et tourne autour du tennis. On va aussi consacrer une journée, le mercredi 13 juin, au tennis-fauteuil, avec une exhibition de joueurs de la région et de niveau international. Enfin, le Tennis Club de Lyon devrait avoir deux courts de padel, donc il y aura quelques surprises autour de cette discipline…

J’ai pas mal discuté avec Jérémy Chardy, Julien Benneteau… Steve Darcis devrait être là ! »

Je crois savoir aussi que vous avez beaucoup travaillé avec les clubs de la région…
En effet, on a voulu aller à la rencontre des clubs, des présidents, des BE, des forces vives du tennis régional. L’objectif : leur expliquer notre démarche, l’ADN du tournoi, les inciter à venir avec leurs jeunes pour découvrir le tennis de haut-niveau, voir les joueurs s’entraîner et matcher. Ils jouent un peu le rôle d’ambassadeurs et nous permettent de créer du lien avec les jeunes générations.

Qu’en est-il du plateau ?
Je travaille dessus, je suis en contact avec des jeunes, des moins jeunes. J’ai pas mal discuté avec Jérémy Chardy, Julien Benneteau… Je suis aussi l’évolution de la situation de Gilles Simon, qui peut être amené à vouloir prendre des points. Steve Darcis, bien entendu, qui est actuellement blessé, mais qui devrait être là. Chez les jeunes, j’espère vous réserver des surprises ! Je reste en contact avec Corentin Moutet, bien entendu, qui, j’en suis sûr, pourrait faire un formidable futur vainqueur… C’est tout ce que j’aime dans cet Open Sopra Steria : la confrontation entre les générations, les jeunes qui s’aguerrissent en défiant les plus vieux. À l’image de nos deux premiers lauréats, Steve Darcis d’un côté, Auger-Aliassime de l’autre.

À terme, vous avez l’ambition de monter en gamme ?
L’ambition de faire un beau tournoi, déjà (rires) ! La question d’une montée en gamme, on se la pose, bien entendu. Mais elle réclame une réflexion de fond. Ce n’est pas uniquement le prize-money qui attire les joueurs. C’est aussi l’accueil, la qualité des terrains, des infrastructures… Et je préfère aller voir les joueurs en leur proposant de les accueillir dans les meilleures conditions, plutôt que de privilégier le prize-money.

Rémi Capber

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