À un peu plus d’un an des Jeux Paralympiques, Zoé Maras, 21 ans, 28e mondial et numéro 4 française en paratennis, revient avec nous sur son parcours depuis l’an passé. L’Open Sopra Steria la soutient et l’accompagne dans son projet depuis plusieurs années.

Un an après notre dernière interview (NDLR : elle nous avait donné un grand entretien dans Le Mag de l’Open Sopra Steria 2022), où en es-tu de ta progression et de tes objectifs ? Ta situation a évolué…

Oui, c’est sûr qu’il y a pas mal de trucs qui ont changé ! Déjà, ma structure d’entraînement n’est plus du tout la même. J’ai déménagé à Paris, j’ai intégré le Pôle France de paratennis en janvier. On est quatre joueurs et on s’entraîne au CNE, juste à côté de Roland-Garros. J’ai tout sur place, là-bas : du tennis, du physique…Ma dose d’entraînement n’est plus du tout la même. Tout ce que je faisais en une semaine, je le fais maintenant en deux jours. Je m’entraîne quatre à cinq heures au quotidien avec une heure et demie de préparation physique. Mais j’ai aussi les soins, la récup, le kiné, la balnéo… Ça me fait de très grosses journées, mais c’est génial !

Au niveau de l’adaptation, ça n’a pas été trop dur ?

Si, au début, ça a été un peu compliqué. J’étais fatiguée, puisqu’on s’entraînait beaucoup. J’ai aussi eu mon appartement, ma vie quotidienne qui a changé… J’ai mis un bon mois à m’adapter. Mais c’est trop bien, maintenant, et je sens vraiment que je progresse !

A quel niveau ?

Sur tous les plans. Techniquement, mes coups en eux-mêmes : je sens que ça n’a rien à voir, je suis beaucoup plus sûre de moi. J’ai aussi beaucoup évolué d’un point de vue physique. C’est en match que je le constate surtout, j’accroche des joueuses qui m’étaient hors de portée auparavant.

Les résultats suivent ?

J’avance, oui. Là, je reviens de la Coupe du Monde (NDLR : l’entretien a été réalisé début mai), je suis partie avec l’équipe de France et on a décroché la troisième place !

“Ce sont des semaines que je kiffe”

Avec un peu de recul, tu te dis que tu as fait le bon choix en intégrant le Pôle France ?

Oui, bien sûr. J’ai pas mal réfléchi au début, parce que ça impliquait de partir loin de ma famille. On est très proches, très soudés… Mais, pouvoir me concentrer à 100% sur le tennis, c’était vraiment tout ce que je voulais après avoir obtenu mon diplôme. Je le vois, ce sont des semaines que je kiffe. Je ne regrette pas du tout !

Tu viens d’en parler, c’est sûrement un poids en moins d’avoir terminé tes études… C’était essentiel d’avoir ce diplôme (NDLR : Zoé a été diplômée de l’IUT Mesures Physiques d’Annecy l’été dernier) ?

Oui ! C’était un gros objectif pour moi, je voulais avoir au moins un Bac+3. C’est fait (rires) ! Il fallait que j’obtienne mon diplôme avant de me concentrer à 100% sur le tennis. C’est un soulagement, même si je ne sais pas si je travaillerai un jour dans le domaine de mes études. Mais, au moins, j’ai le bagage ! Si un jour, le tennis doit s’arrêter, j’aurais cette sécurité, c’est rassurant. Et puis, j’avais aussi envie de connaître ce temps à l’université, ce vécu, cette expérience. Me faire des “copains-école”, pas seulement les copains du tennis (rires). Je pense que c’était important sur un plan personnel. Mais je suis contente de me libérer la tête des études et de pouvoir, désormais, ne penser qu’au tennis.

Tes parents aussi doivent être soulagés !

Oui ! La dernière année à l’IUT, j’ai eu beaucoup de partiels… Avec les compétitions, c’était une année compliquée. Assez casse-tête, entre l’envie de partir pour une compétition et le besoin de rester pour les partiels… J’ai souvent dû faire des choix entre les études ou le tennis. C’est un dilemme auquel je ne suis plus confrontée, et c’est génial de pouvoir me concentrer à 100% sur mes objectifs sportifs. Quand j’étais en tournoi, je regrettais de ne pas avoir passé mes partiels. Et, à l’inverse, quand j’étais en cours, je voyais les autres joueurs en tournois… J’avais envie d’y être !

“Je dois matcher beaucoup plus”

Les Jeux Paralympiques arrivent, encore une grosse année à attendre… L’objectif te paraît plus proche aujourd’hui ? 

Paris se rapproche de plus en plus, c’est certain. C’est même hyper proche ! Aujourd’hui, je m’entraîne pour ça. Les Jeux sont vraiment mon objectif numéro un, je vais essayer de monter au classement… et de me qualifier !

Full Ace Challenge by Sopra Steria
L’an passé, le Full Ace Challenge de l’Open Sopra Steria avait permis de remettre un chèque de 10 000€ environ à l’association “Les supporters de Zoé”, qui aide Zoé à financer sa carrière… et son objectif de disputer les Jeux Paralympiques !

Sur quoi essaies-tu de bosser précisément en ce moment ?

Je dois matcher beaucoup plus. Je sens qu’il faut que je matche. Que je joue des joueuses mieux classées, plus fortes. La semaine dernière, j’ai joué une fille top 15 mondial, je l’ai accrochée en trois sets (NDLR : Katharina Kruger, 11e mondiale, contre laquelle elle a perdu 6-1 2-6 6-1 à l’Open de Vendée). Plus tu matches, moins tu as de pression en match. Et je sens que j’ai besoin de me séparer un peu de cette pression. Je gère les matchs de mieux en mieux. Bon, et puis il faut que je continue ce que je fais à l’entraînement, que ce soit physiquement ou techniquement.

Le paratennis est un sport très physique, mais forcément aussi mental. Tu travailles spécifiquement cet aspect ?

L’aspect mental est vraiment un point faible chez moi. J’ai beaucoup de mal à gérer mes émotions, je manque aussi de confiance en moi sur le court. C’est quelque chose qui me pénalise beaucoup en match, puisque je ne joue pas de la même manière avec ou sans pression. Aujourd’hui, j’ai un coach mental et j’arrive de mieux en mieux à la gérer. Mais je travaille dessus quotidiennement et ça prend forcément du temps.

Tu ne casses pas trop de raquettes ?

Non, ça va (rires) !

Quel est ton programme pour cette semaine d’Open Sopra Steria ?

Je serai en compétition, j’ai un gros tournoi la semaine de l’Open. J’espère évidemment que j’irai le plus loin possible, mais bon, si ça se termine malheureusement trop vite, j’essaierai de venir vous voir !